Claude Arrighi
Rimes en vrac
1
La pivoine corse
Dans un bouquet d'avril
A éclos une fleur
Exhibant son pistil
En robe de couleur.
C'est la fleur coralline
Qui aime se cacher
Au flanc d'une colline,
Au pied d'un haut rocher.
Elle craint fort la chaleur
Elle a peur de la pluie,
Parce qu'elle est une fleur
Elle se ferme la nuit.
Elle aime qu'on l'admire,
Mais ne la cueille pas
Car elle peut te maudire.
Retourne sur tes pas.
Les contes à la veillée
Les légendes d'antan
La disent ensorcelée
Et fille de Satan.
Si tu cueillais la belle, elle mourrait dans ta main
Tu peux la regarder, mais, passe ton chemin.
2
Le pont génois
Il a traversé la rivière
Et des siècles de temps,
Méprisant le tonnerre
Et les crues de printemps,
Les brûlures de la guerre
Et le gel à pierre fendre
Et pour mieux se défendre
Il s’est couvert de lierre.
Son arche de granit
Se mire dans l’eau vive,
Enjambe et réunit
Et l’une et l’autre rive.
Pour atteindre l'alpage
Au pied du plus haut mont,
C'était le seul passage
Ouvert par le vieux pont.
Là, un long chemin sans âge
Courait pour s’effacer
Bien plus haut en amont
Au pied d’un grand rocher.
Le troupeau à l’éveil
Traversait chaque jour,
Au lever du soleil
Et le soir au retour.
3
Les mots qui chantent
J'aime le mot à mot
La rime qui résonne
Le verlan et l'argot
La lettre et la consonne.
J'aime dire l'alphabet
Dépasser la virgule
Ou franchir le tiret
Grossir la majuscule
Semer des petits points
Colorier un prénom
Et ajouter ci-joints
Le portrait et le nom.
Si vous aimez écrire
Un poème, une fable
Un jeu de mots pour rire
Ou dire un mot aimable
Ou graver dans un coeur
Un tout petit mot tendre
Enrobé de couleur
Faites le sans attendre.
4
Le théatre fermé
Il a cloué sa porte
Et fermé son guichet.
Sur le rideau en berne
Et la poussière du mur
S'étale triste et terne
Le gris d'un clair-obscur.
Les dessins, qui alors
Coloraient les tentures
Et le bois des décors,
Ont blanchi leurs dorures.
Sur un livret ouvert
Les notes en souffrance
Celles du dernier concert
Sont vouées au silence.
Dans les loges désertes
Dans le sombre couloir
Les portes restent ouvertes
Depuis le dernier soir.
En posant son costume
Où est passé l'acteur?
Laissant sécher sa plume
Où est parti l'auteur ?
5
Hantise
Ils sont têtus,
Ils sont tous là
Échappés de l'au-delà
Décharnés, osseux et nus,
Ils sont les monstres de mon rêve
Hantent mes siestes et mes nuits,
Rampent vers moi soudain sans bruits
Pour boire mes larmes au jour qui lève.
Je suis vieux, je suis maudit !
À me poursuivre
La mort s'amuse, de moi se rit
En ricanant, traînant le livre
Où mon nom déjà inscrit
Attend son tour
Pour s'effacer avec ma vie.
Le voyage est sans retour,
Adieu l'amour,
Adieu ma mie.
6
Le sentier
Le sentier tortueux
Se faufile et serpente
Parmi les épineux.
La bourrasque récente
Le vent, l’orage et l’eau
Ont si vite effacé
Les traces du troupeau.
En perdant son tracé
Le sentier disparaît
Et c’est là qu’il hésite,
Puis soudain reparaît.
Obstiné il évite
L’obstacle des rochers
Puis court et rejoint vite
L’ombre des châtaigniers.
Côtoyant le ravin
Ou passant la rivière
Où va donc ce chemin ?
Rejoindre la clairière
Où dansent le lutin.
Et son amie sorcière,
Atteindre le sommet
Pour s’arrêter enfin
Plus haut que la forêt.
C’est ici qu’il s’efface
Car pour le paradis, on a perdu sa trace.
7
les amis
Si vous avez beaucoup d'amis
Autant qu'il y a de fleurs en mai,
Même si cela n'est pas permis
Chantez, dansez,vivez en vrai
Tous vos beaux rêves, sans oublier
Que la vie coule comme les grains du sablier.
Si vous avez autant d'amis
Qu'il y a de fleurs dans un bouquet
Même si cela n'est pas admis
Sans hésiter et sans regret
Enivrez vous, faites l'amour
Aimez la vie, rêvez la lune même en plein jour.
Si vous avez de vrais amis
Plus que les doigts de votre main,
Et lorsque le couvert est mis
N'attendez pas le lendemain
Buvez ensemble, manger la vie
N'hésitez pas, n'attendez pas d'avoir envie.
8
Le nuage
Échappé de la mer
Un nuage orphelin
Dans un ciel bleu d'hiver
Hésite et cherche son chemin.
Dans le clair du matin
Il orne sa pâleur
D'un reflet de satin.
Et miroite en changeant de couleur
Torsadé en spirale
Au dessus de l'alpage
Il s'étire et s'étale
En espérant finir là son voyage
Rattrapé par le vent
Ouragan ou zéphyr,
Paresseux ou violent,
Il sera bien obligé de s'enfuir.
Quand un nuage épais
Vient assombrir ton rêve
Ne renonce jamais ,
Et espère qu'un vent d'oubli se lève.
9
Le village mort
L'église à tout jamais
Éventrée par les guerres
Ne sera désormais
Qu'un éboulis de pierres.
Les maisons sont ouvertes,
Les fontaines sans eaux,
Les ruelles désertes,
Et le ciel sans oiseaux.
Dans le quartier détruit,
Des chats noirs de gouttière
S'enfuient au moindre bruit.
La chouette sorcière,
L'oiseau du mauvais sort
Hulule chaque nuit
Pour pleurer et redire
Que le village est mort,
Qu'il a subi le pire.
Fantômes de jadis
Quelques âmes en souffrance,
Chassées du paradis
S'attardent en déshérence.
Près des tombes cachées,
Envahie par le lierre
Près des croix arrachées,
Parmi les croix de pierre,
Parmi les croix de bois,
De l 'ancien cimetière,
Reliques d'autrefois.
10
La fin du monde
Sur la terre rougie
Dans les fleuves sans eaux
Dans les nues sans oiseaux
Où est passée la vie ?
Les esprits et les âmes
Traînant encore leurs chaînes
Rescapés de ces drames
Ont envahi les plaines,
Les monts et les forets
Tout ce qui est détruit.
Ce sont des feux follets
Otages de la nuit.
Pour eux l'éternité
Ne s'éteindra jamais
Et s'ils ont existé
Ils errent désormais
Au royaume des morts.
Si dieu n'existait pas....
Qui a réglé leur sort ?
À quoi sert leur trépas ?
11
Les brûlures de la vie
Les brûlures de la vie,
Les horreurs de la guerre
Ou la lente agonie
Après tant de misère,
L'ignoble barbarie,
Les tueries, la terreur,
Les pires infanticides,
Les tyrans, les tueurs,
Fauteurs de génocides.
Peut-on en s'indignant
Arrêter le carnage,
Adoucir en priant
La vie, cet effarant voyage.
12
Un usage perdu
Sur le chemin qui va,
Une croix de bois noire
Est restée plantée là
Pour rappeler l'histoire
D'une âpre vendetta.
Si tu passes dépose
Un caillou sur le tas.
La tradition impose
De ralentir ton pas,
De rajouter ta pierre,
Et surtout n'oublie pas
De faire une prière.
Passe, prie et tais toi.
Marque ainsi ton passage.
Sans trop savoir pourquoi.
Respecte cet usage
13
La fuite
La peur au ventre, il fuit
Les cris lointains des bêtes,
Les bruits sourds de la nuit
Et plus rien ne l'arrête.
Dans la futaie, les loups
En meute hurlent la mort,
Mais l'un d'eux tout à coup
Vocifère haut et fort,
Se dresse menaçant
Au détour du chemin.
Il hésite un instant,
Caprice du destin !
Ses yeux qui jusqu'alors
Luisaient dans la pénombre
Se sont éteints dès lors.
En illusion dans l'ombre.
Le spectre de la bête a disparu soudain,
Le fuyard hésitant a repris son chemin.
14
La source
Au plus haut de la vallée
Et depuis la nuit des temps,
Cette source cachée,
Au début du printemps,
Renaît plus abondante
Et offre à la forêt
Une eau pure scintillante.
Le sanglier et l'agnelet
Y viennent boire dès le matin.
La nuit venue le farfadet
Accompagné du gai lutin
Danse les pieds dans l'eau.
C'est l'abreuvoir du lapin
De la belette et du moineau.
Sur les talus mousseux
Qui bordent le ruisseau,
Sont imprimés en creux
Les traces du troupeau
Et les pas du chasseur
De retour au hameau.
Pour Merlin l'enchanteur
Et son amie la fée
C'est la source enchantée,
La source du bonheur.
15
Le diable
Il claudique et dandine avec sa jambe torse,
Sous les chausses déborde un pantalon pisseux,
La veste sur son dos, alors qu’il tend le torse,
Flotte en épouvantail jusqu’aux genoux cagneux.
Puant, grotesque et faux, à le fuir on s'affaire.
Dessous le crâne en pointe, dépourvu de cheveux
Ce gnome grimaçant, tordu, atrabilaire
Affiche son oeil torve et son rictus haineux.
On ne peut deviner ce que pense ou espère
Son âme dépravée de minable avorton.
Son destin l'a privé des bonheurs de la terre.
Il est sans aucun doute, l'envoyé du démon.
16
Ma cousine
J'errais dans un désert, ma vie tournait à vide,
L'ennui serrait mon coeur, je me sentais perdu,
Et lassé de souffrir, j'ai voulu que se vide
Le trop plein d'amertume de mon amour déçu.
Pour ne pas rester seul, j'ai séduit ma cousine
Et n'ai pas hésité à remplacer Suson.
Une main caressante et tendrement câline
Tout en délicatesse peut fleurir ma maison.
Dans mon coeur elle occupe une si grande place,
Que j'ai presque oublié la Suson qu'elle remplace.
17
Le réveil
En do majeur
Un doux murmure,
En ré mineur
Une voix pure .
Un bruit sourd
Qui s'efface,
Un cri lourd
Qui menace.
J'entends dehors !
La pluie s'étend
J'écoute alors !
Le bois qui fend,
Le bruit du feu
Au fond de l'âtre.
J'écoute un peu
Mon vieux coeur battre.
C'est le réveil, j'éteins mon rêve
J'ouvre les yeux, la nuit s'achève
18
Souvenirs
Quand je t'ai rencontrée,
Tu n'étais pas frivole.
Je n'ai pas deviné
Que tu étais si folle.
On s'est aimé six jours
Et tu m'as planté là;
Je te parlais d'amour
Mais tu n'y croyais pas
Et depuis sans espoir,
Pour noyer mon chagrin
Je bois matin et soir
Et jusqu'au lendemain.
Je bois, je bois, je bois !
Je n'ai pas oublié
Et ne sais pas pourquoi
Tu m'as laissé tomber.
Je ne sais plus si ton sourire
Était de glace ou malicieux
Mais j'ai le vague souvenir
D'un certain défaut de tes yeux.
Je ne sais plus si ta tignasse
Avait la couleur du vin vieux,
Je ma souviens de ta vue basse
Et de tes deux genoux cagneux.
19
L'été de plomb
La nature transpire,
C'est l'été des cigales
La fleur du mois expire
Et perd tous ses pétales.
L'épi est trop grainé
Et recourbe sa paille
Le soleil acharné
Dessèche la broussaille.
Les bêtes, la gorge en feu
Courent vers le torrent.
Dans un ciel encore bleu
Le soleil lentement
Descend au crépuscule
Éteignant doucement
La forte canicule.
20
Le dolmen profané
Ils ont vécu sans Dieu,
Leurs âmes en souffrance
Condamnées à l'errance
Ont déserté ce lieu.
Les pillards chrétiens éparpillant leur cendre
Ont jadis profané et déconstruit leur tombe.
Les vivants ne peuvent pas entendre
Leurs colères et leurs cris d’outre monde.
21
La ballade des chapeaux
Le chapeau d'Isabelle
Acheté au printemps
Tout orné de dentelle,
A vite fait son temps
Banquier au chapeau rond
Il met l'or des voleurs
Dans des coffres sans fond
À l'abri des casseurs.
Le casque du guerrier
Troué de toutes parts
Rouille dans un charnier
Sur les cadavres éparts.
La barrette au curé
En feutre noir brillant
Est un béret carré
Sur tête de croyant .
Sous son bonnet de nuit
Le vieillard qui s'endort
Oublie le temps qui fuit
Et la peur de sa mort
22
….................................................
Le képi du gendarme
Est aperçu trop tôt
Les gredins en alarme
S'éloignent aussitôt.
La cagoule rebelle
Et celle du bourreau
Iront à la poubelle
Ou la boite à chapeaux
La couronne des rois
Était d'or et d'argent
Les coiffes d'autrefois
Étaient portées souvent
Le chapeau du bourgeois
Celui de la comtesse,
Ne sortaient qu'une fois
Pour aller à la messe.
Ce n'est qu'un boniment :
Jetez vos vieux chapeaux
Allez cheveux au vent
Sans tous ces oripeaux
23
L'au delà
Je vais mourir un jour
Ou peut-être à minuit
Je suis préparé pour
Compter le temps qui fuit
Je ne suis sûr de rien
Mais souvent je le dis :
Que pour le bon chrétien
Il y a un paradis.
Pour ceux qui par le fer
Ont engendré la mort
Dieu a créé l'enfer
Et a réglé leur sort.
Lorsque je serait mort,
Si je pouvais choisir
Pour mon âme un chemin
Si elle pouvait jouir
D'un éternel matin
Dans ma Corse bénie
Ma maison, mon village
Qui abritèrent ma vie
Sans le moindre nuage,
Elle serait bien ravie
De revoir à nouveau
Avec des yeux d'enfant
Le bois de mon berceau,
Et d'écouter la flûte
===============>>
24
===============>>
Du berger montagnard
Au seuil de sa cahute.
Et d'aller au hasard
Rencontrer un vivant
Ou guider un vieillard
Ou veiller un mourant.
Visiter les forêts
Éteindre les lucioles
Souffler les feux follets
Ou faire des cabrioles.
Peut-être aller tout droit
En traversant un mur
Ou glisser sur un toit
Ou dormir sur le dur.
Pour l'âme des humains
Des moines pointilleux
Ont permis deux chemins :
Elle monte vers les cieux
Ou se livre au malin.
Cette vérité là
Je ne peux y souscrire
Pour vivre l'au delà
Je vous dirai sans rire :
J'ai choisi ma maison
25
Chichon
Chichon est un avare
Assis sur son magot.
Il vole et accapare,
Cache sous un fagot
Un vrai petit trésor
De l'argent en dépôt,
Un tas de pièces d'or.
Pendant ses insomnies,
Il garde avec amour
Ses cassettes chéries
Fermées à double tour.
Très anxieux chaque jour,
ll compte son butin
Il en rajoute un peu
Et recompte sans fin
Car pour lui c'est un jeu.
Le moindre sou gagné
Car un sou est un sou
Doit être épargné
Ou caché dans un trou.
26
La corrida
Dans l'arène poudreuse
Un taureau qui a peur
De son dur sabot creuse,
La terre, avec fureur.
Le torero est beau,
En habit de lumière
Et devant le taureau
Son allure est altière.
Il gesticule en vain .
La bête noble et fière
Se retournant soudain
Lui montre son derrière.
Il abandonne enfin
Il renonce et recule
Devant ce gros malin
Qui le rend ridicule.
.
27
Le corbeau et le renard
Oh ! Messire du corbeau
Tu as ton manteau noir
Et tu me sembles beau.
Mais je vois que ce soir
Tu n'as plus ton fromage.
Je crois que j'ai eu tort
D'admirer ton plumage.
Et de pleurer mon sort.
Je suis là de passage
Je crois sans aucun doute
Qu'il serait bien plus sage
De poursuivre ma route.
Ce n'est pas un corbeau
Si haut perché qu'il soit
Qui prendra mon fardeau
Ou m'offrira un toit.
J'ai bien relu ses fables,
La fontaine a menti,
Les corbeaux sont aimables
Et le renard poli.
28
L'homo-politicus
C'est l'homme des tribunes.
Il parlote et crachouille,
Il n'en manque pas une
Il nous prend pour des noix.
Et lorsqu'il nous embrouille
C'est pour se faire des voix.
L'Hamlet sans oeufs
To be or not to be......
Or be to ,be to not
To be to, not or be
Be be to, to to not
Or to to, to be be
Si c’est dit en anglais
C’est purement génial,
Dites-le en français
Et ça reste banal
29
Le militaire déçu
Il a guerroyé
En Europe, en Asie,
Et aux confins du monde........
Au fil des ans passés
Il a perdu en route
Sa conviction profonde..........
Ses souvenirs d'enfance
Ses remords, ses regrets
Sa pensée vagabonde.......
Il ne croit vraiment plus
Ni en dieu ni au diable.
À la vie d'outre monde ….....
Ses cauchemars honteux,
Procession de squelettes,
Dans un charnier immonde …..
De transparents fantômes
De dragons précédés
D'une rumeur qui gronde …..
Font l'horreur de ses nuits..
Et si vous lui parlez
Sans espoir qu'il réponde.....
Si vous lui rappelez
Qu'il avait défendu,
La liberté du monde.......,
Son hésitant regard
Se dérobe et s'éteint.
30
Le fantôme
Il est minuit.passé,
Tâtonnant dans les ombres
Dans les lugubres coins,
Les couloirs du château,
Les escaliers bien sombres
Il erre chez les vivants,
Il traverse les murs,
Enjambe les barrières
Il pousse les lourdes portes
Et fait souvent grincer
La rouille des charnières,
Leger et transparent
Son voile blanc se traine
Soulevant des poussières.,
Il erre dans la nuit froide
Dans les combles du haut
Ou près des meurtrières
Dans des caves humides
Ou autour des tombeaux.
Lugubre décor de pierres
L'ancètre a oublié
Qu'il était mort jadis
St. Pierre lui a fermé
L'entrée du paradis.
31
Au moyen age
….... Des maîtres bâtisseurs
Dressaient des cathédrales
Des peintres et des sculpteurs
Décoraient des retables.
…..... Des imposants châteaux
Exploitaient les manants,
L'église et ses bourreaux
Dirigeaient les croyants.
…...... Sur le bûcher ardent
Ils brûlaient la sorcière,
Les juges trop souvent
Envoyaient aux galères.
…........ La hache du bourreau,
La roue et le carcan,
Le supplice de l'eau
Punissaient le forban.
…..............................................
32
….........................................................
…...... La sainte inquisition
Punissait le parjure
Infligeait la question
Pratiquait la torture.
…....... N'ayant que la prière
Pour conjurer le sort,
Le serf en sa misère
Apprivoisait la mort.
…....... Les aides et la corvée
Le cens et le champart.
Lui était réservée
La plus petite part.
…......... C'était le temps béni
Des baladins,
Des troubadours,
Des tambourins
Et des tambours.
33
Le repoussoir
En marchant il accroche et l’effort le malmène
Quand, courbé sur sa canne il se tord et promène.
Les mères ont pitié, lessivent ses chemises
Lui réservent un accueil lorsqu’il offre ses bises
Aux fillettes enfants qu’il étreint en soufflant.
Si l’on peut surprendre un des coups d’oeil en vrille
Que darde sa prunelle sur leur corps innocent,
On prend peur du venin que ce regard distille».
34
La secte : la déesse Mélodia
Plus belle que jamais
Elle descend l'escalier,
Cheveux blond-vénitien
Tombant jusqu’à la taille,
Paré de la couronne
Que prolonge une traîne
Ondulante et ornée
De diables en bataille.
L’assistance en extase
Accueille Mélodia.
Le brouhaha s'envole
En stridente sonnaille
La transe naît et gagne
Les plus fervents fidèles
Puis quatre athlètes nus
Déposent sur la paille
Mélodia rayonnante,
La nouvelle déesse
Acclamée par les cris,
De la foule qui braille.
Puis un chant mélodique,
Emplit la crypte et monte
Vers la voûte au dessus
De la haute muraille
35
Pour les autres ?
S'adresser à soi même,
En voilà une idée!
Pourtant certains le disent
Se serait la venue
Et le commencement
D’une vie intérieure.
Inspirée par ma muse
Versatile, inconnue,
Agaçante et perverse,
Je rime un peu pour moi:
J e me dis qu’il vaut mieux
Écrire sans retenue
Me taire, dès aujourd'hui,
Ou alors en dire peu
Pour être sûr demain.
De ma déconvenue.
===========>>
36
==========>>
Quand le charmant poète
En quête d'une rime,
La charmante flûtiste
Concentrée et émue
Animent un concert,
Ils joueraient c'est certain
Pour leur propre plaisir,
La chose est entendue.
A la fin du spectacle
Le public applaudit.
La foule alors, s’en va.
Ravie d'être venue.
37
Le châtaignier corse
Les membrures du berceau
les planches de la maie
le cercueil au tombeau
Étaient faits du bois dur de la châtaigneraie
Nacelle de l'enfant
Ou conservant le pain
Refuge du mourant
Il était le symbole, de notre court destin.
Ce bois accompagnait la naissance, et la vie,
Le pain de chaque jour, la fatale agonie.
38
Le retour du printemps
Le mois de mai venu!
Le mois saint de Marie,
Celui des boutons d'or,
Et des genêts en fleurs,
Du réveil des sources
Et du tiède soleil.
Notre salle de classe
Qui l'hiver restait sombre
Comme un caveau fermé,
Laissait y pénétrer
Par toutes ses fenêtres ,
La clarté matinale
Du soleil de printemps.
De temps à autre
Un nuage orphelin,
Passant vite, pressé,
Bousculé par le vent
Jetait son ombre froide
Sur nos livres ouverts.
Cela ne durait pas
De retour la lumière
Réveillait nos envies
D'une échappée vers les alpages.
39
Le visiteur du soir
Un soir de pleine lune
Au détour du chemin,
Comble de l'infortune
J'ai croisé le malin.
Déjà, sonné minuit
Ce visiteur étrange,
Pour abriter sa nuit
Recherchait une grange.
J'ai ouvert ma maison
Et je lui ai offert
Le vin de la saison,
Le gîte et le couvert
Son parler enjôleur,
Son hilarant humour
Fusèrent avec bonheur
Jusqu'au lever du jour.
…...........................................................
40
….........................................
Mais tout à coup témoin
De l'étrange lueur
D'un regard inhumain,
J'ai surmonté ma peur.
Un simple éclat de voix,
Une prière à Dieu,
Un prompt signe de croix,
Le moindre insigne pieux,
Peuvent effrayer le diable,
Renvoyer en enfer
Ce peu recommandable
Et brûlant Lucifer.
Mon visiteur du soir,
Le détrousseur des âmes,
Sans me dire au revoir
Retomba dans ses flammes.
41
Le moulin
Un sentier caillouteux
Menait jusqu'au moulin.
Le vieux meunier boiteux
Levé de bon matin
Cheminait , dépassé
Par son âne et son chien.
Un homme du passé !
Honnête et bon chrétien.
Pour faire comme son père
Il avait vite appris
Et l'art et la manière
Des meuniers de jadis.
Sous ses courts cheveux blancs
Saupoudré de farine
Et blanchis par les ans,
Sa figure poupine,
Son souriant regard
Avaient souvent permis
A ce boiteux vieillard
De se faire des amis.
===============>>
42
===============>>
Au coeur de la machine
L'infatigable meule
Ronronnait en sourdine,
Pour moudre à elle seule
Et sans jamais faiblir
Tout le blé récolté.
Ne pouvant ralentir,
Que par la volonté
Et un geste anodin
Du seul maître des lieux,
Elle s'arrêtait enfin.
Un vrai cadeaux des dieux !
Pour la énième fois,
Il plongeait son bras nu
Dans le coffre de bois,
Et au premier venu
Passant dans la ruelle,
Il montrait dans sa main
La farine nouvelle
Dont on fait le bon pain.
43
La rivière
Les sources naissent cachées
Au plus creux des vallées.
Mais plus loin les eaux folles,
Pour atteindre la mer
Ont creusé dans le roc
Des goulets trop étroits,
Engendré des cascades,
Déraciné des arbres,
Déplacé des rochers,
Racolé au passage
Tous les petits ruisseaux
Dévalant des montagnes.
En quelques millénaires
Le torrent a mené
Une lutte opiniâtre,
Pour donner à celui
Qui parvient sur ses rives,
L'impression qu'il côtoie
Un être à la dérive
Un être exubérant,
Avec ses violences,
Son âme et ses mystères.
===============>>
44
===============>>
Au village d'en haut,
Tout au long de l’hiver,
Le grondement sourd
D’une plainte lointaine
Parvenait jusqu’à nous
Pour encore nous redire
Sa fureur à creuser
Dans le plus dur granit,
Cet immense rocher
Qui supporte notre île
Courant à l'estuaire,
Là où les eaux s'étalent
Pour mieux se reposer,
Avant d'être avaler
Par une avide mer,
La rivière fatiguée .
D'avoir creusé la terre
Dépose son argile,
Son sable et ses galets
Sur la plage dorée.
45
Au large
Je quittais le rivage
Pour pêcher la murène,
Cueillir le coquillage
Rencontrer la sirène,
Suivre devant la proue
La course des dauphins,
Et sentir sur la joue
La moiteur des embruns,
Et voir émerveillé
L’écume sur la roche
Le bleu du ciel d'été,
Et sur la rive proche
Le vert un peu brûlé
Du maquis des sommets
La profonde vallée.
Habillée de forets.
Sillonnant ces eaux vertes
Je croyais avoir vu
Les portes encore ouvertes
Du paradis.perdu. .
46
Ombres et lumières
En effaçant le jour
La nuit est pour le rêve,
Mais aussi pour l'amour,
Mystérieuse et brève.
Pâle reflet du soleil
La lune ronde luit
la lumière de l'éveil
Fuit le noir de la nuit
Une étoile qui brille,
Un crépuscule en berne,
La lueur qui vacille,
Un pâle reflet terne,
Des rayons réfléchis
Sur les vitres ou un mur,
Des anciens coloris
Sur un fond clair-obscur,
Un feu follet furtif,
Une couleur blanchie
Ou un éclat trop vif,
Sont les feux de la vie
47
Les couleurs
L'azur reflet du ciel
Le bleu pur de la mer
L'or couleur du miel
Les rougeurs de l'enfer
Le vert de la forêt
Le blanc du paradis
Le jaune et le violet
Le triste vert de gris,
Sont fils de l'arc-en-ciel.
Le rouge du corail
Le jaune de la citrine
Les blanc pur de l'émail
Le sombre bleu marine
La flamme du rubis
L'éclat des diamants
Les plus fins coloris
Les plus clairs colorants,
Sont fils de la lumière.
48
L'ouragan
N'entends tu pas ?
Dans la vallée profonde
Loin , très loin, la-bas,
Le tonnerre qui gronde,
L'approche de l'orage,
Les rafales du vent
Bousculant le nuage,
Le faible grondement
De la pluie sur la route
Et le piétinement
D'un troupeau en déroute.
Je vois très loin d'ici,
Un horizon bien sombre
Sous un ciel obscurci,
Une 'épaisse pénombre
Dans un épais brouillard,
Et des éclairs en nombre
Retombant au hasard.
Les dieux sont en colère.
,49
Le bonheur
Allez donc à confesse
Avouer vos désirs
Regretter votre ivresse
Vos moments de loisirs,
Vos trop-pleins d'allégresse
Vos amours, vos plaisirs.
Rechercher le bien-être
Est une griserie,
Vous dira, le bon prêtre
Et une duperie.
Et pourtant !
L'extase du croyant,
L'euphorie du rieur
La gaieté de l'enfant
La quête du bonheur .
Le rire à la folie
Les songes du rêveur,
Embellissent la vie.
50
Cambiemu l'inchjostru
U calamaru hè viotu
Ritmi, culori è armonie
in lingua corsa
51
Detti corsi
…..................................
Urcu di mane
Ingrossa e fontane,
Urcu di a sera
Asciuva a custera.
…...................................
San Petru vole sente un chjocu di campana,
Prima di riceve un'anima christiana.
…...................................
Sè più tistardu ch'è u to mulu,
Sè cupartu di pidochji,
Chì tù abbia ind'è l'ochji
Caga fresca è rochji in culu.
….....................................
Vistitu di neru, u sgiò curatu
Porta u culore di a morte,
U nirume di u piccatu
È l'incertezza di a sorte.
….............................................
52
…..........................
Mette acetu in lu so vinu,
Uva merza è sulfarosa,
Sciaccarellu o Varmintinu,
Beie pisciu hè stessa cosa.
….............................
Parlà cù a me mula,
Di a rutondità di l'ovu,
Bellu mezzu ch' aghju trovu
Pè chjachjarà pà ùn dì nulla.
…............................
In lu chjosu di ziu Simone,
Ùn ci hè bisognu di furcine
Per magnà senza permissione
Pignotti merzi è pere purcine.
…...............................
À un paisanu famitu :
Pagà pocu è manghj'assà.
À unu stranieru abbisistitu :
Manghjà pocu, è pag'assà.
….................................
53
….................
Luna nova, luna vechja
Bughju neru o alu tondu,
Inbarnasgiata di bufeghja,
Hè u fanale di u mondu.
…................
Aghju sempre u scarafagliu
Dopu un ghjornu senza vinu,
È u me capu à sbaragliu,
Impiitemi un bichjerinu.
…................
L'alba spegne à Magalona.
À u fà di u ghjornu.
A chjara stella girandulona,
Dopu l'abbrocu, hè di ritornu.
….......................
U batarchju mina forte,
Face corre e mule storte.
54
L'ultimu tragulinu
Pilone largu, barretta nera,
Cù a so pippa sempre accesa,
Suvitava a so sumera.
Vendia cose di poca spesa
Lana filata, è aghi fini,
Spechji, stofa è fazzuletti,
Cazzarole è spurtellini,
Pippe, cultelli, qualchì zanetti,
E cartuccere è u tabaccu,
L'esca secca è l'acciarinu.
Cù pochi soldi in lu so saccu
Ripigliava u so camminu.
55
A malacella
In lu silenziu pagnu
Di a notte d'invernu,
Burula u so lagnu
Tristu gridu d'infernu !
Amica di Falcina,
Hè l'accellu di a notte,
S'è a morte s'avicina
Ella canta à mezanotte
S'ellu ci hè un zitillettu
Ch'ùn vole più campà
Si sceglie un'altru tettu
E ùn vole più cantà.
56
U trenu di Bastia
U nostru trenu isulanu
Hè u trenu di Bastia,
Tempi fà, andava pianu.
Tutt'ugnunu u timia.
Prontu à corre pà i sgiò
Chì pudianu pagà
Par elli soli, « ciò ciò, ciò»
Ùn rifiutava di bugà.
U vinu tristu
Lasciate mi cantà, svuciulà, fà brioni,
Stridulime, soni secchi, quelli di a ratachja,
Runcà cum'un sumere, in tutti i strittoni,
Accumpagnà currendu u cane chì abbaghja,
Impidisce di dorme u paesanu onestu.
Mi sò imbriacatu, vogliu dì à lampera
Da quì à pocu mi n'andaraghju prestu
Pà sente e parulacce di a me mugliera.
57
L'acqua chì core
U ghjornu
Sottt'à lu ponte vechju
Lucenu mille pitricelle.
L'acqua riflete cum'un spechju
I rami di e vitricelle.
Di notte
Leggera cum'è l'aria fresca,
L'acqua chì corre in lu tracone
Si lampa sott'à una resca,
Eppo sparisce in lu bughjone.
58
In lu stazzu
U sole ciotta lentu lentu,
U celu neru sarà in dolu,
M' addurmentu quandu sentu
Fischiulà u rusignolu.
Una capra chì sunieghja
In la notte fresca è serena,
Mugugnendu, scuzzuleghja
Ogni tantu, a so tintenna.
A malacella pò burrulà,
U ricciu, circà u so camminu,
È ponu girandulà
Volpe è cignali andarini.
Saria tempu di dorme
59
Sò vinuti à magnà
Chì sò vinuti à fà in Corsica i genuvesi ?
È nanz'à elli ?
I grechi è i rumani,
I saracini è i pisani,
Gattiva robba di scalzacani
U pechju ùn hè d'esse francesi
Quandu dumane saremu corsi
L'omi saranu tutti cinesi
Vani saranu i nò discorsi.
A Muvra corsa
Saltichjendu nant'à a resca
Corre prestu in la machja
Brama di pasce l'arba fresca
O e fronde di lamachja.
A nosra muvra pasculechja
Abbramata di libertà,
Sempre luntanu capulechja
In zerga contru a società.
60
U saccu pinnutu
Caragozza o cincimellu,
Di a notte hè l'acellu.
Di u toppu u so cuginu
Hà u stessu nasu finu
À cap'inghjò, appiticcatu
In u scornu abbughjatu
Svulazzarà sempre a sera
Par fassi una magnera.
A surgente di a fata..
Collanu, i nostri chjassi,
Per andà in paradisu.
Piantarete i vostri passi
Induva cresce u bianc'alisu.
Addaret'à un prunalbellu,
Da a surgente di a fata,
Fuchje prestu un fiumicellu
Chì scapulechja in la falata.
61
L'avemaria
Hè tardi è a me casa hè luntana,
Grazia à Diu u me stantu hè finitu,
Un cortu toccu di campana
Mi vene assai sminuitu.
À l'abbrocu, a luce hè dolce,
Hè u mumentu di prigà,
Ma u me segnu di croce
Pà sta sera bastarà.
Sgiò presidente
Hé un veru bugiardone
Grugnuleghja è parla forte,
Hè un bellu batalone
Chì sparnucce l'idee storte.
Cù l'impegni brula a ghjente.
Cusì face sgiò Presidente
Per ottene qualchi votu.
Cridite o nò e so parole
U vostru scagnu sarà viotu
Viote anch'elle ! e cazzarole.
62
Paese mortu
.
A chjesa hè sfundata,
U campanile hè rittu
L'alta croce hè cascata
Ancu Diu hè sparitu.
L'anticu campusantu
Hè divintatu un scassu,
S'è vo passate accantu
Allungate u passu.
A morte hà frinatu
A rota di a noria
U tempu hà squassatu
I nomi è a mimoria.
63
U corbu neru è a volpe
Salute, o corbu neru !
In vistitu di festa,
Impiumatu è fieru,
Purtate bè a vesta.
Ma senza u vostru casgiu,
In tempu di bisestu,
Mi date u malasgiu
È mi ne vocu prestu.
U stazzunaru
Attiva forte u so suffiettu.
Mena di mazza nant'à l'incudine,
Di tantu in tantu beie un culpettu,
È l'ultimu, prima d'andassine.
M'avia dettu una sera :
À ogni colpu di martellu
Pensu ch'è mengu à me mugliera
Chì hè un veru turcinellu.
64
I venti corsi.
S'é tu sè un casarecciu,
Sarra prestu u to purtone
Quand' ellu soffia u Libecciu.
Mettiti prestu à l'ascosu
Quand'ellu soffia u Grigale
S'è tu sè un friddulosu.
S'ellu soffia u Maestrale,
Longu a costa di Balagna,
Sò timpeste è tempurale.
Metti prestu u to pilone.
Quand'ellu soffia u Levante
Sò fiumare è aquazzone.
Soffia anch'ella, a tramuntana
Ventu freddu di l'invernu,
Vinutu da l'Alpa luntana.
U ciroccu, un soffiu lentu
Chì ci porta a tepidezza
Di un focu guasgi spentu.
65
L'animali musicanti
Senza piume, nudu è famitu
Zirulechja in lu so nidu
L'acillucciu infritulitu
Da u cardetu vicinu
Collanu i striduli
Di u grillu cantarinu.
Ingufiendu u so gozzu
A ranoghja raganeghja
In lu fangu di u pozzu
Ma annant'à un altu tettu,
Quandu a malacella canta,
Hè un segnu maladettu.
Quandu si spegne Magalona
U gallu chi si sparte
Si face sempre una canzona.
66
Vénus
L'alba spegne à Magalona.
À a nascita di u ghjornu.
A chjara stella girandulona
Dopu l'abbrocu, hè di ritornu.
A scanza
In la notte bughjunosa
E parnice e i muvrini
Ancu à leura paurosa,
È i cignali andarini
Si pigliaranu a cullata
Pà piatassi in la muntagna,
È girandulà ogni nuttata
In sti loghi di cucagna
.67
I cammini di Ziu Memè
A stradella
Pigliarete a stradella
Pà andà à a funtana.
Cullarette a custarella
In chjarezza di a sulana.
U viottulu
Luntanu dà u paisolu
Induva cresce u prunalbellu,
U cignale machjaghjolu
Hà tracciatu un viuttulellu.
U chjassu
Pà tracullà u longu chjassu,
Un vichjarellu cù u so cane
Ùn vole allungà u passu
Ma ghjunghjarà dopu dumane.
…...................................................
68
…...................................................
L'andatu caprunu
Pà cullà in l'Arbaghjolu
L'andatu hè pitricosu.
S'è ùn sete capraghjolu
State in casa è à l'ascosu.
U carrughju
Vai o Maria, bella è attillata.
In lu carrughju à tutt'ore
Sarè sempre fighjulata
Da una mansa di voltacore.
Per andà in paradisu
Centu prighere, u prete hà dettu
Valenu più ch'è milli passi,
Ci vole à esse benedettu
Pà suvità sti santi chjassi.
69
U tempurale
Ci hè un ventu maladettu
Chì scuzula u purtone,
Face trimulà u tettu
È affuga u fucone.
Piove à sechj' in li paesi
L'acque frete di l'invernu
Ponu spegne i foch' accesi
In li forni di l'infernu.
U cunsolu
S'è tù sè goffu, s'è tù sè zembu
S'è u to sguardu spentu hè sghembu
Forse ùn pudarè scopre l'amore,
Ma pà smurza stu crepacore,
Centu amichi ponu ben fà
Per datti a gioia di campà
.............................
70
Lochi persi
Quassu induve nascenu
In li monti, e surgente
Scuntrarete lochi persi
Richi di centu misteri.
Una chjesa sprufundata.
Un campanile sensa tetu
Uun paesolu sbandunatu
Sparghjenu i so 'ruderi
Una stantara cascata
Una stazzona spiantata
Sò cose misteriose
Maladette da i mazzeri
So lochi pà i murtuloni
Pà l'anime addisperate
E quassu sopra i monti
Arianu i corbi neri
71
A sirinata di Cecè
- O Cecè, cù a to voce forte è chjara,
In la notte serena, dilli a to passione.
Risi di festa, risi giocondi,
Capelli sciolti, capelli biondi,
Sè culurita cum' un fiore.
Ti vogliu dì u me amore
Ch'è tù sè bella.
U me amore, a me rigina,
Quand'è tù vai ogni matina
Per empie a to tinella
À l'acqua fresca di Funtanella,
Sè a più bella.
Sicuru ch'è ti tengu cara,.
Cù un sonu di ghitarra
Ti vogliu fà a sirinata
È incantà a to nuttata.
U me amore, a me luisella,
Sè a più bella
- O cecè, a to Luisella hè cionca.
- Andemu à cantà inaltrò.
72
A Stantara
Era a petra alzata
D'un'epuca luntana,
Era petra succatta
Cù a so faccia umana
È u so corpu tondu.
Mandata da u celu
O da un altru mondu
Per arricà u svelu.
Indettu appustatu
Di un accurtatoghju
Di un campu gardatu
O di un varcatoghju,
Long'à un'eternità
S'hè tinut' arritta.
À troppu aspittà
Hè stata sepellita.
73
L'ultimu banditu
Carrapinu, l'ultimu banditu
Ghunghjia indè mè abbisistitu,
À magnà è beie cù mecu,
Mi dicia sempre « U me amicu
Cù tegu, smenticu u me casticu »
Dormia, u so fucile in manu,
Cù a paura è cù l'affanu.
L'invernu, in tempu nivarecciu
Occupava un siccarecciu,
D'istate, un'oria o un cagile.
Cù u so cane, u so fucile.
À l'alba, senza un ringraziu,
Purtava in altro u so straziu.
À u fà di l'invernu, una sera,
Dopu avè fattu una prighera
E postu pè sempre u so fucile,
Hè mortu qui in lu piazzile.
74
U sgiuttaghju
Era u so solu stanta pane.
Cù u so cane capraghjolu,
S'appruntava tutte e mane
A amuntagna in l' arbaghjolu
E centu capre paisane,
Quelle chi voltanu à sera
In le carcere à l'ascosu.
Per avè dopu a mugnera
Una nuttata di riposu.
Vulia fà cum'è Babbonne
Chi era fieru d'esse capraghju,
Sempre solu in lu rughjone
Quassu à u mese di maghju
Di ritornu'à ottobre passatu.
Dopu si ne fallava in piaghja
Cu e capre è u casgiu fattu
Pà sfancassi da a nivaghja.
75
L'invernu
Cù a paura di u ventu
Seduti accant'à u ziglione
Dui vichjetti i lu turmentu
Stanu à sente stu rufulone
Chì scuzzuleghja troppu forte
Tutti i coppi di u tettu.
È impedisce ancu di sorte.
. Da i monti fala u frettu
Chì cotra l'acqua di e funtane.
Quassu sott'à u castagnettu
Dormenu in le so tane,
A levura infritulita
È a volpe girandulona.
A grandina, una piuvita
O una forte aquazzona
T'astringhje à stà in casa toia.
S'è a neve copre u to chjosu
Saranu à tè ghjorni di noia
È lungu tempu di riposu.
76
U veranu
Quandu maghju sparghje i fiori
A machja rinasce tallita,
Si veste di milli culori.
Cù u suchju colla a vita.
Spunta verde, a frondarella
Sceglie u biancu, a mortula
Splende rossa, a rusulella
Cresce ciciuta a biettula.
Sò di ritornu e rundinelle
È u merlu cantadore.
Accupiate e culumbelle
Cucculanu canti d'amore.
Appena ghjunta a campagnola
Per fà u nidu cerca un tafone.
Rossa e nera a ciriola
Cola nanta un stiglione.
77
L'autunnu
A machja ingiallisce, si sparghjenu e fronde,
Sò falate e capre, hè tempu di asconde
U casgiu à stagiunnà, i capretti è l'agnelli,
Di accantà in casa l'imbasti è i spurtelli.
Notte è ghjornu, durante dui mesi,
Pè siccà a racolta, i ziglioni accesi
Scaldanu e grate piene di castagne
Sicure richezze di e nostre muntagne.
Dighjà in ottobre e vindemie sò fatte
U vinu dolce bolle in le botte sulfate.
In lu castagnetu i porchi lintati
Magnanu, fra i ricci, i fruti lasciati.
Hè a Sant'andria, a festa zittellina.
In fine di nuvembre dighjà a frisculina,
Annuncia ogni sera u freddu invernale,
A pioggia di dicembre, a neve di Natale
78
I saracini di ritornu
Una tamanta croce di legnu
Alzata à l'arice di u stradone
Hè sempre stata u segnu
Di a nostra civilisazione.
U nostru paese v'accoglie
Chi vo siate frusteri o paisani
S'è ùn sete ghjunti pà scunvoglie
E tradizzioni è l'usi cristiani
Quellu chi vene da luntanu,
Cù un'altra manera di campà
Pà impone l'usi di u Curanu,
Hè megliu par ellu di scappà.
79
U vechju castagnu
Una gativezza di a natura
In la cima di a muntagna
L'hà fattu nasce tropp'in altura
Accant'à l'aghja di l'altagna.
Cusì, in la so vita oscura,
Ùn feci mai una castagna
Frasche seche,legnu neru,
Tama scurzata da i venti
Doppu a vita è i turmenti,
A vichjaia è l'adisperu,
À luna vechja in la timpesta,
Hè mortu solu nant'à a cresta.
80
A machja
Quandu vene a primavera,
A machja corsa hè fiurita,
Hè figliola di a terra
È spannamentu di a vita.
Paradisu di a ghjandaghja
Di u cignale andarrinu.
Di a parnicia girandulaghja
È di l'acellu cantarinu.
L'andati correnu, sinuosi
Fra e filette è l'albaspina,
Fra lamaghjoni cispugliosi,
È cespi di rosa canina.
I muchji à tre culori
A ghjinestra, u talavellu
Facenu i primi fiori
Di u veranu nuvellu
81
A leghjenda di Ninu
In lu nostru paese, hè detta
Chè i santi ponu marchjà
Nant'à i nivuli, sensa trapetta
È ancu sensa scavuchjà.
Per una stonda di riposu
In viaghju, San Martinu
Troppu stancu è pinserosu
Vulia scanzassi in Ninu.
.
Ma sedutu nant'à un sassu
Corne arrite , à ochjibassi,
Si piattava Satanassu
Fra i scoglii è i bassi.
Mai spente e so stazzone
Tutte accese pà l'eternu,
Brusgiavanu legne e carbone
È bruste ardente di l'infernu.
« Vi cunoscu, o sgio curnutu,
Cumprate l'anime nucente,
Avete un spiritu acutu,
Sete gattivi, sete birbente.
….............................................>
82
..........................................>
Ùn sò micca un andaccianu
Vi possu cede un pizzatellu,
Di u me spiritu cristianu
Pà divintà un diavulellu.
Sè vo pudete, cù l'aratu
Sbulicà tuttu à l'intornu,
Sè u pianu hè lavuratu
À l'aurore di u ghjornu,
Allora si, o sgiò curnutu
Lamparete in la furnata,
Sensa pagà è sensa aiutu
A me anima dannata. »
A notte fù indiavulata,.
Vumera torta, armacciu troncu,
A vechja mula prestu sfarrata
E u curnutu un pocu zoncu.
Si dice sempre in li paesi
Ch'è Curnachjone inghjugliatu
Frumbulò u so martellu.
Cusì avaria scaravunatu
Cù u so spiritu ribellu
L'altu « Capu tafunatu »
83
L'anima persa
C'era una anima zitella
Chì andava paurosa,
Suvitendu a chjara stella
In la notte bughjicosa.
Purtava in la so cesta
Dui belli mazzulelli,
Fiori colt' in la furesta,
Induva centu diavulelli
Si facenu sempr'una festa
A zitiletta era ben morta.
Ma una ghjilosa fata,
È una strega troppu storta,
Pa fassi una bella risata,
Inseme, avianu dicisu
Di richjude a stradella,
Quella chì colla in paradisu.
È cusì a curciarella
Cù a so anima nucente,
Avà face a girandella ,
Da u levante à u punente.
84
U sicarecciu di babbone
U siccareciu di babbone,
Quassu in lu castagnetu,
Hà persu u so purtone
E scandule di u so tetu
È hà spentu u so fugone..
L'ultima fiara hà lasciatu
Annant'à u vecchju ziglione,
Legnu neru mezu brusgiatu
È brusta spenta di carbone.
L'aste di legnu di a grate
Tutte cuparte di muffignu
Sò disghjunte è tarulate,
Brutte, di culore tarrignu.
Cusì hè u turnatoghju
Di a trista malacella
O di a notturna cincimella
.
85
A più bella ...
A sapete, sò a più intelligente
A più bella, a più astuta.
A vi dicu sensa mente
Sò sempre ben vistuta,
In scola e me cumpagne
Mi guardanu è sò ghjilose,
Piattanu e sò magagne
Sò brutte è vergugnose.
I masci sò tutti fannulloni
Gattivi è bugiardacci,
Ùn amparanu e so lizioni
Sò elli i sumiracci !
Sò a più intelligente
A piu bella, a piu astuta.
Pà ghjudica a ghjente
Aghju una vista arguta
Più tardi saraghju una signora
Pigliaraghju pè maritu
Un diputatu o un prifettu,
Un omu coltu è struitu
Un omu degnu di rispettu.
Chè sò a più bella, a sapete avà !
86
A ciriola
Rossa è nera a ciriola
À u sole di a mane,
Apre a so camisgiola
Pà stende, diafane
E so due ale fine.
Ariuleghja è si pone,
Pà appiticassi infine
Ànnant'à un verde stiglione.
U vinu frescu
- Pà rinfriscà u to vinu
Metti a to buttiglia
In la vasca di a funtana ?
- Cum'è u sgio curatu
Chì si face una messa
Pà beie un culpettu,
Eiu, pà beie u me vinu
Mi ne vocu à a funtana
- Anch'eiu ci vacu ,
Ma pà beie l'acqua fresca.
87
U cavagliere scavalcatu
Santa croce ! O ! Chì miseria !
Avemu corsu prestu,
A cosa era ben seria,
Grugnulava à ogni gestu.
Mezzu mortu è agrunchjatu,
Ghjacia in lu pozzu
U nasu musgingatu
Di sangue è di lozzu.
Intantu avia persu
U so parlat' umanu.
U so sguardu di traversu
Dicia bè u so affanu.
Ci guardava l'ochju spentu
Ma un era micca mortu,
S'hè pisatu, lentu , lentu,
Aghjumpatu è collitortu.
Sè tu voli andà luntanu
Comprati una sumera
Chì camina pianu, pianu
Sensa fà a scuzzulera.
88
L'acqua di a tinella
M'ai dettu, ch'è unu spuntinu
Hè un' usanza paisana,
Ch'è tu rinfrinschi u to vinu
In la vasca di a funtana
Par beie u vinu frescu
Manghjà pane è figatellu
È furmagliu veranescu,
Ai impiutu u to spurtellu
Ti diceraghju sensa mente
Mi basta l'acqua di a tinella
Ùn ci'hè bisognu veramente
Di fà par quessa a merendella.
89
Rime, ritmu è armonia
Parolla scelta è culurita,
Cun ella, nasce a poesia.
Chì hè un'andata fiurita,
È figliola di l'armonia.
.
U caminu di a vita
Ch'è vo siate ladrone,
O nucente cum'è l'agnellu,
Un astutu bugiardone,
O un fanaticu ribellu,
Una zitella arrabbiata
O un tintu urfanellu
Falcina cù a so scuriata
Smuzzarà a vostra vita.
90
U libbru di a morte
A l'ultimu ponte di u distinu,...
... u barcatoghju pà l'altru mondu,
A porta mai chjusa di l'eternità...
... s'apre davanti un sprifondu.
Annant'à u libru di a morte...
... dopu avè lettu a data scritta
In lu momentu si quassaranu...
... u vostru nome, a vostra vita.
91
U Fannullone
O lumagò ! falla finita
Unu scopu di a to vita
Hè di campa senza fà nulla
Sensa, spazzulà a pula
Caccià fora u puzigheghju,.
Da a to casa à bataleghju.
Da u to chjuchinu merzu
Ùn pò sorte chè u scherzu.
Per campà in l'alegria
Magni è dormi à l'usteria
Ùn si sà in lu paese
S'è i soldi di e to spese
Sò richezze di un riccone
D'un assassinu o d'un ladrone.
92
Detti
….......................
Chè tu sighi grossu o minutu
S'è tu magni cume l'orcu
S'è tu beii cù l'ambutu
Sei u fratellu di u porcu.
…...........................
Cuntà soldi o cuntà fole
Stà à l'ombra , o à u sole
Parlà forte o parlà troppu
Andà drittu o andà zoppu
Sò, e chjughe scelte di a vita.
….............................
Sopr'à u più altu monte
In lu celu, sempre solu
O luntan'à l'orizonte
Ariula u stantarolu.
93
Masgina
Facia un caldu d'infernu,
Pichjava forte u sole,
Per innacqua u so chjosu
Pà ùn strazzià indernu
Masgina, goffa è nuda
Avia cavatu i so panni
Ùn hè micca unu schernu !
È ciambuttava in lu fangu
Piattata da i fagioli fugliuti.
Cridia cusi d'ess'à l'ascosu,
Ma u sgiò curatu passava...
Feci un segnu di crocce
Ma u so sguardu era bramosu
« O ! cum'è Eva in paradisu,
Sete nuda è svargugnata »
Cù u so accentu malizziosu
Masgina avia rispostu,:
Faciendu un segnu di croce :
« Nissunu entre in lu me chjosu,
Ciò chì si vede quì
Intentu hè robba meia,
È s'è vo sete un omu virtuosu
Vi dicu di passa prestu
Sensa pinsà diavolerie ».
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L'anima sviata
Si dice ch'ellu ci hè un pardisu
Per tutti quelli chì anu fattu
U cortu viaghju di a vita
Sensa troppu gattivezza.
Par quelli chì anu uccisu
Chì anu troppu ghjastimatu
Ci hè l'infernu sensa surtita
Chi punisce a spietatezza,
Ma sgiò curatu m'hà spiegatu
Ch'è l'anima di un cristianu
Ùn pò sceglie a so stradella
Per andà doppu a vita
In infernu o in lu celu
Ci vole à esse smaculatu
Pà crede stu svelu stranu
A me anima in girandella
Andarà, a cosa hè scritta
Quì in lu nostru paisellu
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Cusì, vogliu scopre dinò
Cù l'ochji di un zitellu
Ficanasu è maliziosu
Stu paese troppu bellu
Stu locu meravigliosu
Chì asconde a mio vita
È a l'orli di a stradella
A maestosa machja fiurita.
Di a nostra cursichella.
Cusì pudaraghju sente
U soffiu dolce di u ventu
E forte stizze di u mare
È cullà dà u turente
U trustoghju di e fiumare.
O una canzona zitellina,
U cantu di un gallu fieru
Chì vole, ogni mattina
Spartà in furia u quartieru.
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Cusì vogliu ancu rivede
L'alta chjesa, u campanile
In la sulana u castagnetu
À l' intornu di à u piazzile
A stesa seca di un cardetu.
Vulariu vede dinò
I monti nudi di a cresta
À l'invernu bianchi di neve
Cucagna di a muvra lesta
Indua fiurisce u passaneve
U me schernu pianta qui :
Vi vogliu dà u me avisu :
Eiu, sò prontu à scumette
Ch`è l'infernu è u paradisu
Sò belle chjachjare di prete..
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U vechju cucu
Oghje , troppu invichjatu
Vagu pianu e aggrunchjatu
Cù in manu a me trapetta
E in capu a me barretta
Pà u cortu viaghju di a vita
Par me sarà prestu l'uscita
Eiu un sò nanza di prarte
Cio chi ci hè di l'altra parte
Falcina cù a so scuriata
M'aspettarà assicurata
Di offremi in un recantu
Una croc'in lu campu santu..
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U vinu corsu
Hè cù me sempre d'intesa
U me cuginu Barmintinu
M'hà dettu sensa suspresa :
Metti u focu in lu to vinu
Eiu sò Ziu Sciacarellu :
A me vigna in la sulana
Pruduce u vinu nuvellu
Suchju di festa paisana.
Nielluciu, u me fratellu
À l'amicu assetatu
Empie u so caratellu
Cù u vinu stagiunatu
Patrimoniu u me cuniatu
Cu l'uva muscatella
Face un vinu insucaratu
Pà rinfriscati a cannella..
ISBN 978-2-9554437-5-0